15.04.2008
Audiovisuel et convergence : l'avis d'Arnaud Decker
Cette semaine, 4 questions pour ceux qui s'interrogent sur l'avenir de l'audiovisuel et la problématique de la convergence médias.

Arnaud Decker est directeur des études et de la prospective du CSA. Il enseigne par ailleurs à l’Institut d’études politiques de Paris et au sein du mastère de droit et d’administration de l’audiovisuel de Paris I La Sorbonne.
1) La question du financement de la télévision publique a fait l'objet de vifs débats depuis plusieurs mois. Vers quelle solution s'oriente-t-on ? Suppression de la publicité après 20h ?
Le parrainage est-il concerné ? Quelles peuvent être les conséquences d'une telle mesure ?
Il semble que toutes les hypothèses soient sur la table. A la commission présidée par Jean-François Copé de proposer au gouvernement des solutions. Un scénario probable est que la suppression soit progressive, commençant par exemple par une suppression après 20h. C'est une solution qui aurait du sens, car elle permettrait au marché publicitaire d'encaisser le choc de la disparition d'écrans puissants en prime time, à France Télévisions de continuer d'être un acteur significatif du marché publicitaire et cela limiterait l'ampleur des financements à trouver pour combler le trou dans le budget de France Televisions. Le parrainage devrait être maintenu. Les chaînes du secteur privé, TF1 et M6, et dans une mesure significative les nouvelles chaînes de la TNT, devraient bénéficier de la suppression. Des experts du marché publicitaire soulignent cependant que certains annonceurs pourraient purement et simplement quitter le média TV et modifier leur politique d'achat d'espaces.
2) Que pensez-vous du succès de la TNT et quelle évolution pour ce nouveau mode de diffusion ? Au niveau national mais aussi du point de vue des chaînes locales ?
Un tiers des Français sont d'ores et déjà équipés d'au moins un adaptateur TNT et le rythme des ventes ne décroît pas. C'est un formidable succès pour la TNT qui est née il y a seulement trois ans. Aux 18 chaînes gratuites et à la douzaine de chaînes payantes vont s'ajouter prochainement plusieurs chaînes en haute définition et la quinzaine de chaînes de la télévision mobile personnelle. Du côté des chaînes locales, ce sont près de 50 chaînes qui émettront d'ici la fin de l'année.
Au-delà de la seule télévision hertzienne, il est important de comprendre que l'ensemble des vecteurs de diffusion de la télévision sont désormais largement numérisés.
Le nombre de foyers bénéficiant d’un accès à une offre élargie, gratuitement ou sur abonnement, a été multiplié par trois depuis 2001. Près des deux tiers des foyers français équipés TV accèdent désormais à 15 chaînes et plus (pour la plupart en qualité numérique). Le "multichaînes" est une révolution silencieuse qui n'a pas fini de produire ses effets sur le marché, notamment en termes d’audience.
3) Orange qui développe un bouquet et débourse 203 M€ pour le foot, SFR qui lance sa SFR box, le boom de Dailymotion et Youtube... Nous sommes à un tournant de la convergence. Quelle évolution pour le paysage audiovisuel demain ? Avec quelle place pour les groupes historiques ?
L'intérêt des groupes de télécommunications pour l'audiovisuel n'est pas nouveau. France Télécom était un des actionnaires fondateurs de TPS il y a douze ans. Le phénomène nouveau, c'est sans doute la combinaison du boum du haut débit, de la capacité des réseaux à supporter confortablement tous types de contenus, notamment la vidéo, et de l'explosion des plates-formes de partage et du web communautaire, dans lesquels l'audiovisuel est omniprésent. Cela soumet le secteur à de multiples tensions : mise en cause du rôle traditionnel de programmateur TV sous l'effet du succès des offres alternatives, le plus souvent à la demande et gratuites, concurrence accrue pour l'accès aux contenus attractifs, etc.
Les acteurs historiques de la télévision ne restent pas statiques. Ils peuvent même être leaders de l'agrégation de contenus de qualité, accessibles légalement via leurs plates-formes de VOD ou de télévision de rattrapage. Pour réussir, ils doivent renforcer leurs liens avec l’amont de la filière, construire des offres multi-plates-formes innovantes autour de leurs marques et prendre l'initiative de partenariats innovants.
4) On a parlé de convergence des médias. Quel peut être le rôle du CSA dans ce nouveau contexte ?
La nouvelle directive européenne Services de médias audiovisuels dresse les grands axes de la régulation des nouveaux services. Afin d’éviter une concurrence déloyale entre services audiovisuels traditionnels (linéaires) et services audiovisuels à la demande (non linéaires, comme la VOD), aujourd'hui peu régulés, le législateur européen a souhaité instituer un cadre juridique unique de régulation, étendant aux nouveaux services de médias audiovisuels les principes de la directive TVSF.
La régulation des services de médias audiovisuels à la demande a vocation à s'inscrire dans le dans le champ d’application de la loi française et à être assurée par le CSA, ce qui permettra également d'éviter une distorsion entre les obligations applicables aux services de télévision et celles applicables aux services de médias audiovisuels à la demande, qui proposent des contenus similaires. Cela ne signifie pas que les nouveaux services feront l'objet d'une régulation lourde. Pour qu'ils se développent, il faut qu'ils bénéficient d'un cadre adapté. J'ajouterais, à titre personnel, qu'un utile préalable à ce "light touch of regulation" à l'égard des nouveaux services serait d'alléger les obligations pesant sur les acteurs traditionnels de la télévision. Il est indispensable de mettre en place un cadre adapté à l’évolution des métiers et des services.
Propos recueillis par Maud Soulat
11:40 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : CSA, audiovisuel, télé, decker, soulat, TNT, Orange
05.04.2008
Si la télé m'était contée...
David Abiker a remis ça. Après "Le Musée de L'homme", en 2005, où il annonçait le déclin du sexe fort, après "Le Mur des Lamentations", en 2006, où il dénonçait l'avènement de la société des victimes, voilà qu'il prophétise la fin de la télévision. La faute à qui ? A l'objet que vous avez entre les mains.
La bonne vieille "télé de papa" se meurt à cause de la montée en puissance du Dieu Internet, nouvelle idole des ados pour qui Dailymotion est devenu un lieu de culte.
Alors David Abiker, ou plutôt Maouh, son personnage accro aux Maronsui's, résiste. Il l'aime sa télé de papa, d'autant que Papa travaillait pour un fabricant de petits écrans. Il la chronique depuis des années et il continue d'ailleurs... sur Internet.
Enfant de la télé contre enfants du PC. David Abiker nous livre ici des fables savoureuses où la télévision, miroir magique qui nous dit qui est la plus belle du royaume de l'info, ouvre sur le monde des fenêtres magiques. Avec des créatures nommées animateurs, comédiens de séries, hommes politiques. Sans complaisance aucune.
C'est drôle, c'est toujours extrêmement bien écrit, avec un regard critique mais attachant sur ce média roi qui ne l'est plus tout à fait. C'est également toujours aussi grinçant et c'est pour cela que je vous le conseille.
En attendant, je vais regarder la télé.
Contes de la télé ordinaire, David Abiker, Editions Michalon
14:56 Publié dans Atelier de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : abiker, contes, télé, michalon
