25.06.2008
La réforme de France Télévisions en 4 questions
Le Parisien publie aujourd'hui un article reprenant le dossier France Télévisions en 4 questions. Les voici avec une petite dose de Serial Zappeur en prime.
- Pourquoi supprimer la publicité sur France Télévisions ?
Le Parisien nous explique : "C'est une idée qu'avait déjà eue la gauche, sans la mettre en application. L'objectif est de dégager les chaînes publiques de la pression de l'audience - qui conditionne les recettes publicitaires - afin de proposer des émissions ambitieuses". Le problème étant de trouver une solution alternative à ce modèle de financement.
Ajoutons ici que cette réforme remet à plat tout le système de financement des chaînes avec une probable explosion des recettes publicitaires de TF1 et M6, une augmentation du temps de publicité sur les chaînes privées avec une probable seconde coupure (la joie de voir Dr House coupé toutes les 10 minutes...) sans garantir, vu que le parrainage n'est pas concerné par la réforme, que l'on n'aura pas droit à des tunnels de programmes courts entre la fin du JT de France 2 et le début du programme de prime time.
- Comment financer France Télévisions ?
Là il vous suffit de reprendre mon dernier post sur les projets de la commission Copé, dont les propositions sont relayées ce matin par Le Parisien, reprenant les propos du Chef de l'Etat le 8 janvier : « Une taxe sur les recettes publicitaires accrues des chaînes privées et une taxe infinitésimale sur le chiffre d'affaires de nouveaux moyens de communication, comme l'accès à Internet ou la téléphonie mobile. »
Problème n°1 : ça coince légèrement du côté des chaînes privées qui se sont récemment regroupées en association. Demander à TF1 de payer pour que France 2 lui pique Julien Courbet, ce n'est pas très sport selon Boulogne... qui a proposé récemment sa vision du service public sans rugby, sans séries américaines...
Problème n°2 : un financement par les nouveaux acteurs audiovisuels (téléphonie et Internet) va sans aucun doute être répercuté sur le consommateur...qui va déjà voir sa redevance augmenter. Au moment où on dépense 4 millions d'euros pour nous montrer que le pouvoir d'achat c'est possible, ça fait un peu tâche...
- Quel projet pour France 3 ?
La chaîne des régions devrait bénéficier (hum) d'une nouvelle "carte audiovisuelle" avec 7 décrochages locaux au lieu de 13, ce qui déclenche déjà des réactions en chaîne (OK je sors). Le Parisien nous explique cependant que la commission Copé souhaite tester son nouveau projet pour la 3 sur une région pilote.
France 3 est la chaîne qui emploie le plus de salariés (6 000 des 11 000 que compte le groupe) et ses structures locales participe à la mise en valeur des régions. Exemple avec l'édition Iroise, en partie en breton. A l'heure où l'on parle de la mise en valeur des langues régionales, centraliser est une idée assez étonnante. D'autant que cela va encore profiter aux grandes métropoles au détriment des villes moyennes.
- Quelle structure pour l'entreprise ?
Les quarante-neuf sociétés de l'audiovisuel public seraient réunies en une seule entreprise conduite par un conseil d'administration de douze membres, dont huit issus du monde de l'entreprise, « mais pas du secteur audiovisuel pour qu'il n'y ait pas de conflit d'intérêt ». Le Président du CSA serait nommé par ce conseil.
Intégrer des acteurs du monde de l'entreprise reviendrait en quelque sorte à privatiser, selon les syndicats. Mais l'élément le plus inquiétant est sans doute l'idée de l'intervention du Parlement dans le choix de ces membres du conseil. France Télévisions serait ainsi soumise à la majorité en place, quelle qu'elle soit, et cela remet en cause l'indépendance des médias.
10:35 Publié dans Petit écran | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, télévision, le parisien, économie, audiovisuel, france télévisions, réforme
24.06.2008
La commission Copé touche au but
L'AFP a publié aujourd'hui un communiqué annonçant la remise, demain, du rapport de la commission Copé sur la réforme de l'audiovisuel public. Un document provisoire circule avec les propositions suivantes :
- la création d'une entreprise unique
- le financement de l'audiovisuel public, privé de publicité, par la redevance, des taxes sur les fournisseurs internet et les opérateurs télécom, et un prélèvement sur les chaînes privées.
- la création d'obligations de production et de création pour les nouveaux acteurs de l'audiovisuel, à savoir les opérateurs de téléphonie (comme Orange et son bouquet).
- une indexation du montant de la redevance sur l'évolution des prix
- toujours au niveau de la redevance, son assiette serait élargie aux nouveaux supports de réception (ordinateurs, téléphones portables capables de recevoir la télévision).
Pour l'AFP, il s'agit bien sûr d'un document provisoire car "seul le rapport remis fera foi".
Le groupe France Télévisions serait donc réorganisé en une entreprise unique avec des unités de programmes (fiction, cinéma, documentaire...) "responsables de l'approvisionnement en contenus, les chaînes assemblant ces éléments en fonction des priorités éditoriales qu'elles dessinent et dans le respect de leur identité propre". Une clarification de l'identité des chaînes sera faite. Pour le moment, on sait que France 3 est la chaîne des régions et France 5 celle de la connaissance, reste sans doute à régler le problème France 4. Chaîne de la culture ou des rediffusions du JAG ?
Sur le front de l'info, "chaque chaîne conservera sa rédaction, mais des synergies, avec la mise en commun des moyens techniques, seront mises en oeuvre" selon l'AFP. On ne peut s'empêcher de penser au cas des rédactions locales de France 3.
Un autre gros changement est à prévoir, qui risque de faire grincer des dents quand on connait le climat actuel sur l'indépendance des médias : le président du groupe France Télévisions ne sera plus désigné par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).
La procédure sera la suivante :
Le Parlement proposera au gouvernement une liste de 16 noms au plus, pour les huit personnalités qualifiées qui siègeront au conseil d'administration de France Télévisions, en plus des deux représentants de l'Etat et de deux représentants du personnel, élus des salariés. Ce conseil d'administration choisira parmi 3 à 5 noms proposés par le CSA le nouveau Président de France Télévisions. Le retour au bon vieux temps de l'ORTF ?
Cette remise sera bien évidemment suivie de réactions de la part des salariés de France Télévisions et des différents acteurs de l'audiovisuel et des télécoms car, si les propositions annoncées sont retenues, c'est tout le système économique audiovisuel qui sera à revoir.
Nota bene : Jean-François Copé sera demain mercredi l'invité du 19-20 sur France 3. On lui souhaite bonne chance...
23:05 Publié dans Petit écran | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france télévisions, copé, réforme, audiovisuel, télévision, indépendance des médias, CSA
31.05.2008
I>Télé : du rififi à la direction
C'est le site Ozap qui a révélé l'information : Valérie Lecasble, directrice générale d'I>Télé, devrait céder son fauteuil dans les prochaines semaines.
La chaîne d'information du groupe Canal + est, depuis le lancement de la TNT, nettement concurrencée par sa rivale BFM TV qui, on s'en souvient, s'était faite remarquer en diffusant le débat Ségolène Royal-François Bayrou de l'entre deux-tours, et qui compte sur son antenne des poids lourds de l'info comme Ruth Elkrief ou Olivier Mazerolle. BFM TV qui arrive devant I>Télé si on regarde exclusivement l'univers TNT et I>Télé qui n'a pas pu participer à la dernière interview présidentielle...au grand dam de Valérie Lecasble.
Cette "historique" du groupe Canal, DG d'I>Télé depuis 2005 (en lieu et place de Jean-Claude Paris) se refuse pour le moment à tout commentaire.
Ce changement de direction apparaît à un moment où se pose la question de la pertinence de conserver 3 chaînes 100% info en France. En effet, outre BFM TV et I>Télé pour la TNT gratuite, il faut compter avec la chaîne info du groupe TF1, LCI... Ce secteur audiovisuel devrait dés lors connaître des remaniements dans les années, voire les mois qui viennent... Assistera-t-on à une fusion LCI-I>Télé, ou BFM TV-I>Télé ?
Le prochain dirigeant de la chaîne d'informations devra, en attendant ces mouvements incontournables, donner une nouvelle impulsion et une identité forte à ce petit poucet du PAF.
10:25 Publié dans Petit écran | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : I>Télé, Valérie Lecasble, chaînes info, LCI, BFM TV, audiovisuel, médias
14.05.2008
Redevance télé : vers une augmentation ?
Décidément, la réforme de l'audiovisuel public fait couler beaucoup d'encre et suscite les débats. Dernier revirement en date : il semblerait qu'on s'achemine vers une augmentation de la redevance TV. Si les téléspectateurs doivent s'acquitter de 116 euros par an, la suppression de la publicité sur France Télévisions et le manque à gagner engendré devrait obliger le contribuable à remettre la main à la poche.
Il semblerait, après de multiples tentatives pour nier cette éventualité, que la commission Copé soit désormais prête à étudier la question.
Carole Petit, membre SNJ de l'intersyndicale du service public, a été reçue aujourd'hui par cette même commission et a indiqué que le sujet de l'augmentation de la redevance n'était plus tabou.
Reste à savoir si cette possibilité était volontairement restée dans les cartons... Et si les téléspectateurs ne préfèront pas voir leurs programmes amputés par la pub plutôt que leur portefeuille...
13:41 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : service public, audiovisuel, commission Copé, redevance, télévision
15.04.2008
Audiovisuel et convergence : l'avis d'Arnaud Decker
Cette semaine, 4 questions pour ceux qui s'interrogent sur l'avenir de l'audiovisuel et la problématique de la convergence médias.

Arnaud Decker est directeur des études et de la prospective du CSA. Il enseigne par ailleurs à l’Institut d’études politiques de Paris et au sein du mastère de droit et d’administration de l’audiovisuel de Paris I La Sorbonne.
1) La question du financement de la télévision publique a fait l'objet de vifs débats depuis plusieurs mois. Vers quelle solution s'oriente-t-on ? Suppression de la publicité après 20h ?
Le parrainage est-il concerné ? Quelles peuvent être les conséquences d'une telle mesure ?
Il semble que toutes les hypothèses soient sur la table. A la commission présidée par Jean-François Copé de proposer au gouvernement des solutions. Un scénario probable est que la suppression soit progressive, commençant par exemple par une suppression après 20h. C'est une solution qui aurait du sens, car elle permettrait au marché publicitaire d'encaisser le choc de la disparition d'écrans puissants en prime time, à France Télévisions de continuer d'être un acteur significatif du marché publicitaire et cela limiterait l'ampleur des financements à trouver pour combler le trou dans le budget de France Televisions. Le parrainage devrait être maintenu. Les chaînes du secteur privé, TF1 et M6, et dans une mesure significative les nouvelles chaînes de la TNT, devraient bénéficier de la suppression. Des experts du marché publicitaire soulignent cependant que certains annonceurs pourraient purement et simplement quitter le média TV et modifier leur politique d'achat d'espaces.
2) Que pensez-vous du succès de la TNT et quelle évolution pour ce nouveau mode de diffusion ? Au niveau national mais aussi du point de vue des chaînes locales ?
Un tiers des Français sont d'ores et déjà équipés d'au moins un adaptateur TNT et le rythme des ventes ne décroît pas. C'est un formidable succès pour la TNT qui est née il y a seulement trois ans. Aux 18 chaînes gratuites et à la douzaine de chaînes payantes vont s'ajouter prochainement plusieurs chaînes en haute définition et la quinzaine de chaînes de la télévision mobile personnelle. Du côté des chaînes locales, ce sont près de 50 chaînes qui émettront d'ici la fin de l'année.
Au-delà de la seule télévision hertzienne, il est important de comprendre que l'ensemble des vecteurs de diffusion de la télévision sont désormais largement numérisés.
Le nombre de foyers bénéficiant d’un accès à une offre élargie, gratuitement ou sur abonnement, a été multiplié par trois depuis 2001. Près des deux tiers des foyers français équipés TV accèdent désormais à 15 chaînes et plus (pour la plupart en qualité numérique). Le "multichaînes" est une révolution silencieuse qui n'a pas fini de produire ses effets sur le marché, notamment en termes d’audience.
3) Orange qui développe un bouquet et débourse 203 M€ pour le foot, SFR qui lance sa SFR box, le boom de Dailymotion et Youtube... Nous sommes à un tournant de la convergence. Quelle évolution pour le paysage audiovisuel demain ? Avec quelle place pour les groupes historiques ?
L'intérêt des groupes de télécommunications pour l'audiovisuel n'est pas nouveau. France Télécom était un des actionnaires fondateurs de TPS il y a douze ans. Le phénomène nouveau, c'est sans doute la combinaison du boum du haut débit, de la capacité des réseaux à supporter confortablement tous types de contenus, notamment la vidéo, et de l'explosion des plates-formes de partage et du web communautaire, dans lesquels l'audiovisuel est omniprésent. Cela soumet le secteur à de multiples tensions : mise en cause du rôle traditionnel de programmateur TV sous l'effet du succès des offres alternatives, le plus souvent à la demande et gratuites, concurrence accrue pour l'accès aux contenus attractifs, etc.
Les acteurs historiques de la télévision ne restent pas statiques. Ils peuvent même être leaders de l'agrégation de contenus de qualité, accessibles légalement via leurs plates-formes de VOD ou de télévision de rattrapage. Pour réussir, ils doivent renforcer leurs liens avec l’amont de la filière, construire des offres multi-plates-formes innovantes autour de leurs marques et prendre l'initiative de partenariats innovants.
4) On a parlé de convergence des médias. Quel peut être le rôle du CSA dans ce nouveau contexte ?
La nouvelle directive européenne Services de médias audiovisuels dresse les grands axes de la régulation des nouveaux services. Afin d’éviter une concurrence déloyale entre services audiovisuels traditionnels (linéaires) et services audiovisuels à la demande (non linéaires, comme la VOD), aujourd'hui peu régulés, le législateur européen a souhaité instituer un cadre juridique unique de régulation, étendant aux nouveaux services de médias audiovisuels les principes de la directive TVSF.
La régulation des services de médias audiovisuels à la demande a vocation à s'inscrire dans le dans le champ d’application de la loi française et à être assurée par le CSA, ce qui permettra également d'éviter une distorsion entre les obligations applicables aux services de télévision et celles applicables aux services de médias audiovisuels à la demande, qui proposent des contenus similaires. Cela ne signifie pas que les nouveaux services feront l'objet d'une régulation lourde. Pour qu'ils se développent, il faut qu'ils bénéficient d'un cadre adapté. J'ajouterais, à titre personnel, qu'un utile préalable à ce "light touch of regulation" à l'égard des nouveaux services serait d'alléger les obligations pesant sur les acteurs traditionnels de la télévision. Il est indispensable de mettre en place un cadre adapté à l’évolution des métiers et des services.
Propos recueillis par Maud Soulat
11:40 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : CSA, audiovisuel, télé, decker, soulat, TNT, Orange
