18.10.2008

Suppression de la pub : peut mieux faire

Ce samedi, Thomas Hugues proposait un sujet sur la réforme de l'audiovisuel public, à l'occasion de la présentation devant l'Assemblée Nationale, la semaine prochaine, du projet de loi supprimant la pub sur France Télévisions. Curieuse de savoir quels nouveaux arguments allaient avancer les partisans de cette réforme, je n'ai pas été déçue. Ou plutôt si. Parce que je cherche depuis janvier une bonne raison de croire que, si, cette suppression de la publicité est utile et n'est pas qu'un simple ajustement favorable aux chaînes privées.
Ce n'est pas messieurs Copé ou Cavada qui ont réussi à me donner des arguments. Je pense de plus en plus que cette réforme, non seulement est strictement inutile mais qu'elle va en plus déséquilibrer le paysage audiovisuel français.

Pourquoi cette réforme n'est-elle pas indispensable ? Parce que, contrairement à ce qu'affirme Mme Albanel, avec de la publicité, France Télévisions a réussi à proposer du théatre (France 4 et même France 2), des émissions éducatives (Les Maternelles) et laisse ses programmes s'installer (voir Plus belle la vie à ses débuts). Du moins beaucoup plus que sur les chaînes privées. L'argument de la qualité est un mauvais exemple.
1) parce que les chaînes du service public, prises dans leur ensemble, offrent une qualité et une diversité de programmes qu'on ne trouve nullement sur les chaînes privées et encore moins sur les nouveaux arrivants de la TNT, qui nous servent des séries réchauffées ou des émissions tape-à-l'oeil du style "Next" ou "12 coeurs".
2) parce qu'en supprimant la publicité sur le service public, on ne satisfait que les chaînes privées qui vont bénéficier d'une redistribution de l'assiette publicitaire et on enlève des crédits à France Télévisions pour produire des émissions de prestige ou diffuser de grands évènements sportifs.

Cette réforme n'est pas justifiable car elle n'est pas nécessaire. La publicité est source de recettes et donc de capacités de production pour le service public. Elle est également source d'emplois. De plus, elle arrive à un moment où les crédits débloqués pour équilibrer les comptes d'une télévision privée de publicité pourraient être réaffectés à des projets plus utiles, de vrais projets de service public.
Enfin, l'argument de la libération de la contrainte de l'audience est nul et non avenu. Car même sans publicité, les spécialistes continueront de comparer les résultats des émissions de prime time du service public.

La suppression de la publicité sur le service public est une marotte mais en aucun cas une réforme sructurelle, elle ne va servir qu'à revenir au bon vieux temps de l'ORTF, avec des primes à 20h30 dont la "qualité" sera débattue car dépendante des deniers publics, et ce malgré les "garanties" sur la non-intervention de l'Etat sur les programmes. Car contrairement à ce qu'on pourrait penser, la publicité sur le service public était gage de son indépendance éditoriale.

25.06.2008

Audiovisuel public : premières réactions

ee74c963e2c1efc810d00430ee4a5db1.jpg A peine le rapport Copé n'était remis au Président de la République que des réactions se sont faites entendre.
Les opérateurs télécom et les fournisseurs d'accès internet, tout d'abord, ont vivement protesté contre la décision de Nicolas Sarkozy d'instaurer une taxe de 0,9% sur leurs chiffres d'affaires pour financer la suppression de la publicité à la télévision publique.
Ces professionnels considèrent que "cette taxe, qui va au-delà des recommandations de la commission Copé (qui proposait 0,5%, ndlr), est à la fois contre-productive et illégale", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la Fédération française des télécoms, qui les rassemble.
De son côté, le président de l'Association des fournisseurs d'accès à internet, Daniel Fava, a jugé cette taxe "complètement disproportionnée, en regard du chiffre d'affaires que l'on génère avec les flux télévisuels, qui est d'à peu près 500 millions d'euros".
Interrogé sur i-Télé, M. Fava "n'a pas exclu" un recours devant la Commission européenne, estimant que ce projet "pourrait être assimilé à une aide d'Etat" vers le secteur audiovisuel.

L'autre réaction est politique : le président du MoDem, François Bayrou, qui avait fait de l'indépendance des groupes de médias un de ses thèmes durant la campagne présidentielle, estime que ce plan est une "mise sous contrôle de la télévision".
"Tout ceci serait impossible dans des démocraties de plein exercice. On a rarement vu un plan aussi déterminé de mise sous contrôle de la télévision (...) Le service public devient directement dépendant de l'Etat: son patron va être nommé par le pouvoir, et ses financements dépendront chaque année du bon vouloir des gouvernants"
Le président du Mouvement Démocrate a également indiqué que c'est le consommateur qui va payer "au travers de ses communications téléphoniques et des services internet". Enfin, il s'est exprimé sur le "cadeau" fait au privé : "Dans le même temps, les chaînes privées reçoivent la manne publicitaire qui se portait autrefois sur le service public, et pour leur permettre d'améliorer leur bilan, on leur offre la possibilité d'une deuxième coupure, qui double le temps de publicité le plus lucratif"

La commission Copé a proposé, le Chef de l'Etat dispose

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En ce moment, le chef de l'Etat intervient suite à la remise du rapport de la commission Copé.
Voici une liste des déclarations qu'il a faites :

- "une nomination par l'exécutif après avis conforme du CSA", du Président de France Télévisions. Le tout dans le cadre de la réforme des institutions. Pour le Président il s'agit d'un système démocratique. Il dit assumer pleinement les critiques et souhaite rompre avec les hypocrisies.

- Un projet de loi sera débattu à l'automne. "Un nouveau contrat d'objectifs et de moyens sera engagé".

- Pour le Chef de l'Etat, le service public a vocation à "l'excellence". Il dit aimer le service public (en faisant un regard caméra digne des présentateurs de JT...) et parle d'une réforme "historique".

Auparavant, Nicolas Sarkozy a annoncé d'autres mesures faisant suite au rapport Copé :

- Nicolas Sarkozy retient les propositions de la commission sur la taxation à hauteur de 0,9% des opérateurs téléphoniques et des chaînes privées.

- il confirme la suppression de la publicité progressive de toute publicité pour le service public entre janvier 2009 et decembre 2011. Il souhaite ainsi "débarrasser le service public de la dictature de l'audimat".

- Le parrainage reste autorisé sur France Télévisions, la publicité ne sera conservée que sur France Ô, seul vecteur de revenus pour la région.

- Il souhaite que les groupes privés soient puissants (sic), qu'ils aident au financement des créateurs, et que France Télévisions produise "des programmes de qualité". Les chaînes privées seront taxées à hauteur de 3% sur la publicité.

- Des clauses d'intéressements seront prévues pour les producteurs de fictions en cas de succès d'audience de leurs téléfilms : une proposition qui va dans le sens d'une plus grande liberté vis-à-vis de la "dictature de l'audimat"?

- Le théâtre et la musique doivent être au coeur de la ligne éditoriale du service public

- Nicolas Sarkozy souhaite que le temps soit laissé aux programmes de faire leurs preuves : "On jugera un programme sur une saison et non plus sur un quart d'heure ! Il faut informer, cultiver et distraire !"

Vous pouvez bien sûr réagir sur ce blog à ces propositions

24.06.2008

La commission Copé touche au but

L'AFP a publié aujourd'hui un communiqué annonçant la remise, demain, du rapport de la commission Copé sur la réforme de l'audiovisuel public. Un document provisoire circule avec les propositions suivantes :

- la création d'une entreprise unique

- le financement de l'audiovisuel public, privé de publicité, par la redevance, des taxes sur les fournisseurs internet et les opérateurs télécom, et un prélèvement sur les chaînes privées.

- la création d'obligations de production et de création pour les nouveaux acteurs de l'audiovisuel, à savoir les opérateurs de téléphonie (comme Orange et son bouquet).

- une indexation du montant de la redevance sur l'évolution des prix

- toujours au niveau de la redevance, son assiette serait élargie aux nouveaux supports de réception (ordinateurs, téléphones portables capables de recevoir la télévision).

Pour l'AFP, il s'agit bien sûr d'un document provisoire car "seul le rapport remis fera foi".

Le groupe France Télévisions serait donc réorganisé en une entreprise unique avec des unités de programmes (fiction, cinéma, documentaire...) "responsables de l'approvisionnement en contenus, les chaînes assemblant ces éléments en fonction des priorités éditoriales qu'elles dessinent et dans le respect de leur identité propre". Une clarification de l'identité des chaînes sera faite. Pour le moment, on sait que France 3 est la chaîne des régions et France 5 celle de la connaissance, reste sans doute à régler le problème France 4. Chaîne de la culture ou des rediffusions du JAG ?

Sur le front de l'info, "chaque chaîne conservera sa rédaction, mais des synergies, avec la mise en commun des moyens techniques, seront mises en oeuvre" selon l'AFP. On ne peut s'empêcher de penser au cas des rédactions locales de France 3.

Un autre gros changement est à prévoir, qui risque de faire grincer des dents quand on connait le climat actuel sur l'indépendance des médias : le président du groupe France Télévisions ne sera plus désigné par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).
La procédure sera la suivante :
Le Parlement proposera au gouvernement une liste de 16 noms au plus, pour les huit personnalités qualifiées qui siègeront au conseil d'administration de France Télévisions, en plus des deux représentants de l'Etat et de deux représentants du personnel, élus des salariés. Ce conseil d'administration choisira parmi 3 à 5 noms proposés par le CSA le nouveau Président de France Télévisions. Le retour au bon vieux temps de l'ORTF ?

Cette remise sera bien évidemment suivie de réactions de la part des salariés de France Télévisions et des différents acteurs de l'audiovisuel et des télécoms car, si les propositions annoncées sont retenues, c'est tout le système économique audiovisuel qui sera à revoir.

Nota bene : Jean-François Copé sera demain mercredi l'invité du 19-20 sur France 3. On lui souhaite bonne chance...

30.05.2008

Chaînes privées : vers une deuxième coupure ?

574d8abfb41916ee8e328c1c321bc87c.jpgLe feuilleton de la réforme de l'audiovisuel vient de connaître un nouveau rebondissement. Cette fois, c'est Jean-François Copé, président de la Commission éponyme sur le service public, qui est à l'origine de ce qui a déclenché la furie des auditeurs de Jean-Marc Morandini ce matin.

M.Copé s'est dit en effet, sur l'antenne d'Europe 1, favorable à "une deuxième coupure publicitaire" dans les programmes des chaînes privées et ce dans le cadre de la nouvelle directive Télévision sans frontières (TVSF), adoptée en novembre 2007 par le Parlement Européen.
Pour rappel, cette directive donne les grandes lignes de réglementation de l'audiovisuel européen. Sa nouvelle version assouplit les règles concernant la diffusion de la publicité. Mais l'article 11 de cette directive précise qu'une "période d'au moins vingt minutes" devrait être respectée entre chaque coupure à l'intérieur des émissions.

Pour M.Copé, cette seconde coupure doit permettre de taxer les chaînes privées sans les "appauvrir", afin de financer le service public sans publicité et ce sans augmenter la redevance. Dans les faits, cette mesure pourrait rapporter 80 millions d'euros. On est encore loin du compte pour France Télévisions. Par conséquent, cette décision apparaît plus comme une faveur faite aux grands groupes privés qui réclamaient depuis longtemps déjà cette seconde coupure publicitaire.

Attention cependant : leur audience s'érode, la présence d'une seconde coupure pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur l'intérêt des téléspectateurs pour certains types de programme, notamment en access et lors de la diffusion de plusieurs épisodes d'une même série.

La suite ? Au prochain épisode... Qui ne saurait tarder.

21.05.2008

Télévision : les meilleurs ennemis du monde

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Haro sur France Télévisions. Alors que la commission Copé présente aujourd'hui ses propositions pour le financement du service public et qu'on s'achemine de plus en plus vers une augmentation de la redevance, les chaînes privées s'organisent.

TF1, Canal+ et M6 ont publié ce mercredi un communiqué commun dans lequel ils annoncent la création de l'Association des Chaînes Privées (A.C.P.), ayant pour objectif de "défendre les droits et intérêts professionnels des chaînes de télévision hertziennes privées à couverture nationale". C'est vrai que les chaînes privées sont des espèces en voie de disparition dans notre paysage audiovisuel...

L'ACP aura une présidence tournante, son premier président étant Bertrand Meheut, président du directoire du Groupe Canal+, pour une période de deux ans. "L'ensemble des chaînes de télévision privées à couverture nationale a vocation à rejoindre les membres fondateurs de l'association", appel aux petites chaînes montantes de la TNT.

La création de cette association apparait comme un missile de plus lancé en direction de l'esplanade Henri de France, siège de France Télévisions dont le président, si l'on en croit l'Express, serait sur le point d'être "désavoué" par le Président de la République qui prend décidément la réforme du service public très à coeur. A tel point que la commission Copé serait dans sa ligne de mire.

Parmi les propositions énoncées par la dite commission cet après-midi, on retiendra :

- Dès le 1er septembre 2009, la publicité serait supprimée sur toutes les antennes de France Télévisions après 20H. Dans un deuxième temps, dès le 1er janvier 2012, la publicité serait totalement supprimée. Seuls le parrainage, la publicité dans les régions et la pub dans les sites internet seraient conservés.
NDLR : on pourrait donc avoir droit à des "tunnels" de programmes courts avant la soirée de prime time, ces derniers rentrant dans le cadre du parrainage.

3 scénarios de compensation ont été évoqués :

- Le premier scénario de financement privilégierait une compensation par une hausse de la redevance avec une indexation sur l'inflation et un élargissement de l'assiette (les tuners TNT inclus dans les ordinateurs et les résidences secondaires seraient pris en compte).

- Le second privilégie un panachage de taxes dont une sur les entreprises de télécommunications. Ainsi, les fournisseurs d'accès à internet qui fournissent à leurs abonnés un service de télévision verraient leur chiffre d'affaires taxé à hauteur de 0,5%. De plus, une part de la taxe radio électrique serait affectée à l'audiovisuel public (100 millions d'euros dans un premier temps). C'est l'option mise en avant par Jean-François Copé.

- Le troisième scénario prévoit lui aussi un panachage de taxes, dont la principale viserait le secteur de l'électronique grand public.

L'Etat procéderait à une réaffectation des recettes de la redevance en allouant à France Télévisions la part qui revient actuellement à RFI et à l'INA. Cette dernière entreprise serait alors financée par une taxe sur le chiffre d'affaires des télévisions privées.
(sources : Ozap.com, AFP, L'Express, LCP Assemblée Nationale)

07.05.2008

Audiovisuel public : financement évoqué le 21 mai

0cf498b73aaccd65d512df1e523440c7.jpgJean-François Copé, président de la Commission sur la nouvelle télévision publique, a présenté aujourd'hui le calendrier de travail sur la réforme de France Télévisions. La question du financement de l'audiovisuel public, sujet le plus épineux de la réforme, sera évoqué le 21 mai.

Petit rappel : le président de la République a proposé en janvier 2008 de supprimer la publicité sur les chaînes publiques, suscitant débats et inquiétudes tant dans le secteur public que privé (à ce sujet, vous pouvez lire l'interview du directeur des études du CSA sur ce blog). La commission mise en place pour réfléchir à ces questions planche sur "la garantie d'un financement pérenne et dynamique du service public" (selon M.Copé)

D'autres questions sont à l'étude, notamment concernant la gouvernance de France Télévisions. Sur ce dernier sujet, il semblerait que la question de la nomination du président du groupe soit posée. Actuellement nommé par le CSA, autorité administrative indépendante, le Président de France Télévisions pourrait être choisi par les parlementaires, ce qui pose bien sûr le délicat problème de l'indépendance des médias.

"Le 21 mai, la prochaine réunion sera consacrée au financement, le 4 juin à l'identité des chaînes et au contenu, le 11 juin à la gouvernance de l'entreprise et le 18 juin, la séance plénière de travail sur le rapport final que nous remettons une semaine après au président".


"On réorganise totalement l'approche du groupe France Télévisions, c'est donc une transformation très importante, mais nous sommes unanimes à dire que cette approche ne pourra fonctionner qu'avec une démarche très ambitieuse d'associer l'ensemble des personnels de France Télévisions", a assuré M.Copé.

"On aurait d'un côté, un pôle horizontal, avec les contenus et une répartition des unités éditoriales par genre (information, sport, fictions, savoir et connaissance, jeunesse, divertissement, culture cinéma)"
Et sur le vertical, "tous les supports seront pris en compte: les cinq chaînes existantes avec une identité à clarifier et à renforcer et le portail internet unique".

Concernant la convergence et le développement du numérique, la commission souhaite "créer un pôle nouvelles technologies" qui "assurerait le développement technologique du groupe, qui accompagnerait le passage au numérique et qui gérerait la présence de la marque sur les nouveaux médias".